Outresol #2
Commissariat de Joël Riff et Mathieu Buard avec Jean Baptiste Bernadet, Rémy Brière, Mimosa Echard, Maude Maris, Lina Scheynius, et sans John Armleder
Vernissage le jeudi 16 janvier 2014 de 18h à 21h
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Le terme Outresol est une fabrication, il engage un espace, panorama ou caverne qui produit l’écrin ou l’écran suffisant d’une perception sensible spécifique prise dans un mouvement. L’outre est la posture du devenir, d’un dépassement nécessairement éprouvé, d’un changement d’état et de statut. L’outre s’invente dans un mouvement, une dynamique croissante telle une libération, un excédent heureux mais contingent de son point de départ. L’outre, c’est la volonté d’un advenir. Le sol est une condition, un socle, un support, d’un territoire.
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L’Outresol c’est alors la tentative de travailler sur la frustration du regard, et de sublimer l’expérience interrompue, de mettre en tension le regard du spectateur. Il s’agit en d’autres termes de porter une lecture narrative, récit individualisé, dans l’expérience et le déplacement du spectateur et d’apporter un point de vue clivant, un point de concentration sur l’extraordinaire de l’œuvre, sur son étrangeté autant que sa toute disponibilité à être contemplée, comme les fruits d’une nature heureuse.
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Ce second volet observe et planifie l’aberration, optique, physique, fantasmée, des modes de compositions et de perceptions. Cette trajectoire déplacée n’est plus exactement prise dans un mouvement conventionnel, mais extra-vagante, étymologiquement parlant. Les œuvres inscrites dans ce terrain seront à contourner, à excaver, à discerner : le spectateur, explorateur, géologue, fera l’expérience parcellaire d’une vision désagrégée, éclatée comme un kaléidoscope qui, apposé sur ce lieu, définit un regard où s’offre à voir de façon concomitante et pourtant différé, un foyer de discontinuités saisissantes.
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Les agencements, contractés, distribuent des éléments ascendants et descendants, qui pointent un milieu, un chemin en Outresol et implicitement conduisent les corps. L’œuvre, seule, se définit alors tel un agrégat convexe qu’il faut déplier, forme concentrée et brillante dont le centre n’est pas identifié clairement, et qui de fait se déjoue, indémasquée. Cette imperméabilité, c’est alors aussi ce qui fait écran : paroi, verticalité, ensemble de plans quoi qu’il en soit obturés. Aussi, les émergences et suspensions activent les circulations et déplacent les densités pour le spectateur. Elles jouent comme les composantes d’une terre, sédimentation qui formalise une impesanteur. Ce qui tombe, ce qui monte, ce qui vient au devant, ce qui s’efface dans une profondeur concave, motive la perception. Le hors champ surgit comme un récit parasite, qui détourne et pose des aberrances supplémentaires.
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Sous cette voûte, rien ne fixe définitivement le rapport des échelles et cela désarrime les œuvres d’une certification. Les fragments élémentaires, telle une irruption bouillonnante de fossiles, font corps en s’éloignant d’un type ou d’un système médian. Cette série d’observables installée en Outresol, apparaissent dans ce sentiment d’un inquiétant familier, dont la représentation est acquise mais dont la fiction anime les interprétations. L’absence d’une focale majeure se pose pour le spectateur comme l’enjeu, la quête de la compréhension des niveaux de définition, de la netteté, d’un mode de représentation. Focale et foyer bousculent l’affirmation de la surface comme devenir netteté, le mur comme proposition d’une dimension appliquée, la masse comme format. L’aberration produit une image manquante, empreinte de décompositions, de déformations, de disruptions, de diversions, d’écarts, étrangement. Les calcifications de merveilles sont alors une perspective, selon une succession de vertiges perceptifs.
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Ainsi se présente l’estuaire de nos diffractions.